YUMAN | La bienveillance est-elle dangereuse ?
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La bienveillance est-elle dangereuse ?

- par Laurent Saussereau -

Chaque époque a – comme on dit – ses « buzzwords », ses mots tendances ; à tel point qu’ils peuvent en devenir des maux par leur sens évidé.

La BIENVEILLANCE est partout revendiquée, affichée, clamée, dans toutes les institutions, les administrations, les entreprises – politiques, managers, syndicats, collaborateurs – tous n’ont que ce mot à la bouche.

La bienveillance est de règle, érigée comme un rempart contre la violence, les tensions et les oppositions, un anesthésiant devant garantir des transactions apaisées pour une hygiène relationnelle.

Le problème est que – dans bien des cas – cette bienveillance désirée par tous conduit à son contraire et peut s’avérer contre-productive voir même dangereuse.

En tant que consultant et aussi comme patron d’entreprise, je constate quasi quotidiennement à quel point la confusion sur ce qu’est la bienveillance est grande.

Si l’intention initiale est noble (veiller au bien d’autrui), les actes le sont souvent bien moins : non-dits, évitements, manipulations, rumeurs, résistances passives, faux semblants et masques… révèlent la face sombre de la bienveillance, celle qui justifie la fuite et le refus de la confrontation vraie et authentique, celle qui élimine le frottement et la possibilité de dire en face à l’autre son point de vue.

Bien souvent la bienveillance est un évitement : on ne dit pas, on enrobe de toutes sortes de formes, on évite…  de dire ce que l’on pense pour ne pas risquer de blesser ou faire mal.

On se contorsionne jusqu’à manipuler les mots, le sens, l’ambiguïté pour ne pas être targué de malveillant. On fait semblant, de ne pas savoir, de ne pas entendre ou voir, on feint une indifférence « bienveillante » pour éviter d’exposer son point de vue à l’intéressé qui pourrait mal le prendre.

La bienveillance engendre ainsi souvent une forme de marécage relationnel, sans vague ni relief, une forme de consensus mou sur le mode contractuel « je ne te fais pas mal, tu ne me fais pas mal, et on n’en parle pas ! »  dans lequel chacun sait que la vérité n’est pas bonne à dire, en particulier à l’intéressé. A défaut d’oser dire, on parle alors des absents. La bienveillance apparente devient le masque de la médisance, de la rumeur.

Dire les choses n’est pas non plus un gage de bienveillance car il y a aussi l’autre, celui qui reçoit, le récepteur et sa sensibilité, voire sa susceptibilité. C’est là qu’on entre dans le subjectif.  La bienveillance peut-être un abîme de subjectivité livrée à l’arbitrage de chacun dans sa perception et où finalement aucun n’a raison, et où chacun a ses raisons.

DEFINITION POUR UNE ECOLOGIE DE LA BIENVEILLANCE

La bienveillance commence par oser dire, oser la « confrontation » et donc requiert du courage. Ensuite elle nécessite méthode et maturité pour éviter l’écueil de la subjectivité et assécher le marécage relationnel.

La méthode tient en une définition :

La bienveillance c’est être dur avec les faits et doux avec les personnes.

L’application de cette définition évite tout jugement sur la personne, tout amalgame entre les faits et l’individu. Son application est protectrice.

La limite de l’exercice réside dans la maturité de l’interlocuteur et sa capacité à se distancier de ses actes (ne rien prendre personnellement) pour ne pas recréer l’amalgame avec son propre auto-jugement.

La bienveillance suppose donc le face-à-face authentique, la confrontation des idées et des faits et non des personnes, la distanciation entre la personne, l’idée et le fait.

La bienveillance ainsi vécue est loin de toute manipulation ou jeu de cache-cache mais un jeu adulte, protecteur, sans autre arrière-pensée que le but supérieur commun entre les intéressés et le respect de l’autre dans sa différence, sans jugement.

La bienveillance est un exercice difficile car il suppose non seulement le courage mais aussi l’authenticité, et l’absence de jugement de la personne – seulement celui des faits implacables.

Nous en parlons tous et l’exercice est exigeant, il vient nous chercher sur ce qui est sans doute le plus difficile : voir en l’autre avant tout le positif et avoir l’envie profonde de son bien sans aucune attente… alors la clé est peut-être de commencer par soi-même et d’être bienveillant, sans jugement avec nous-même.

Laurent Saussereau
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Président de YUMAN et
Consultant
Bienveillance
Définition
bienveillance : définition
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